« 19 septembre 1878 » [source : Syracuse], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4663, page consultée le 07 mai 2026.
Guernesey, 19 sept[embre 18]78, jeudi matin, 7 h.
Bonjour, mon grand Petit homme, comment as-tu passé la nuit ? Bien, n’est-ce pas ?
En
attendant que j’en sois bien sûre, je t’offre la mienne qui a été excellente de tout
point ; fais-en ce que tu voudras. Tâche aussi d’écrire à Ernest Lefèvre1 et n’oublie pas qu’il faut que tu fasses les deux dessins de
Paul de Saint-Victor2 avant son départ.
Puisqu’il faut que tu t’exécutesa dans les deux cas, le
mieux est de le faire utilement et gracieusement tout de suite. Autre guitare, je viens de payer la taxe du vin et
le port de Saint-Malo ici : 49 F. 70, plus, pour ton petit buste, 7 F. 50. Total pour
ces deux choses : 57 F. 20.
Je t’en donne le chiffre
pour que tu saches ce que devient ton argent. Dans ce moment, Rosalie me demande un ustensile de cuisine qui
coûtera huit francs ; jusqu’à présent elle l’empruntait à Mme Pengalley, mais, outre que cela
n’est pas digne ni respectÂbleb pour ta maison, on dégrade et on use cet ustensile. Aussi je te demande la
permission d’en faire faire un. C’est bête comme tout ce que je te dis là3, mais le ménage a de
ces nécessités bêtes avec lesquellesc il faut compter. Et
voilà ! comme dit le petit clown4. Maintenant tu serais bien gentil de te départir de ton système
d’indifférence sur le choix de nos promenades, au moins quand tu as des hôtes chez
toi, et de n’en pas laisser la direction à la routine des cochers seuls. « Vrai Dieu !
Quelle broussaille autour d’un billet doux5 » !
Heureusement que tu sauras bien y retrouver mon cœur que j’y mets tout entier.
1 Il arrivera à Guernesey avec son fils Pierre le 28 septembre.
2 Ces deux dessins étaient destinés à servir de frontispices aux deux volumes de l’édition originale de la sériecomplémentaire de La Légende des siècles (1877) dont Saint-Victor avait fait tirer, paraît-il, un exemplaire sur vélin. « Saint-Victor s’était rendu tout exprès à Guernesey pour les extirper à Hugo. À ce jour, ils n’ont pas été retrouvés. » (Précisions aimablement communiquées par Pierre Georgel.)
3 « C’est bête comme tout ce que je te dis là », dit don César au laquais, dans Ruy Blas, acte IV, scène 3.
4 Peut-être Juliette Drouet cite-t-elle le spectacle donné par le Cirque royal installé à Castle Cornet du 31 juillet au 2 octobre. Le 18 septembre, Victor Hugo a assisté au spectacle avec les siens.
5 Ruy Blas, acte IV, scène 4 (Don César à la duègne).
a « exécute ».
b Le « a » est surmonté de trois accents circonflexes.
c « lesquels ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est victime d’un accident vasculaire cérébral. Toute la famille l’accompagne en convalescence à Guernesey, où Juliette découvre, dans des carnets cryptés en espagnol, l’ampleur de ses infortunes. Au retour, ils emménagent avenue d’Eylau.
- 15 janvierHugo lègue à Juliette Drouet 12 000 francs de rente viagère.
- 15 marsHistoire d’un crime (tome II).
- 29 avrilLe Pape.
- 27-28 juinHugo est victime d’un accident vasculaire cérébral.
- 4 juillet-9 novembreSéjour à Guernesey.
- À partir du 17 juilletJuliette, ayant découvert dans un carnet de Hugo les commentaires cryptés en espagnol de ses bonnes fortunes, écrit régulièrement à son neveu Louis, resté à Paris, et lui demande de lui envoyer un vocabulaire franco-espagnol, et d’enquêter sur la vie actuelle de Blanche.
- 26 aoûtJuliette refait son testament. Le nouveau est plus favorable à son neveu Louis Koch qu’à Victor Hugo.
- 10 novembreInstallation au 130, avenue d’Eylau.
